Vos actions : Créer un document, voir la page générale.

Illustration/Bande dessinée bachelors

Home /

[BAC2] Portes, fenêtres, cadres...

BD/ILLU BAC2
Q1 2025-2026

Portes, fenêtres, cadres : usages formels et symboliques dans la bande dessinée.

En anglais, le mot pour histoire « story » designe aussi, avec l’ajout d’une lettre silencieuse, un étage dans un bâtiment : « storey ». Cet emprunt de la racine latine « historia » par le domaine de l’architecture a évolué pour évoquer une suite de vitraux, de fresques ou de bas-reliefs sur la devanture d’un bâtiment. Le lien entre l’architecture et la narration visuelle est explicite : l’espace dans lequel un récit se déploie structure notre lecture de celui-ci.

La composition d’une page de bande dessinée classique prend une forme qui reflète le monde bâti qui nous entoure : les cases y sont disposées comme les portes et fenêtres d’un bâtiment. Les éléments architecturaux représentés sur une planche peuvent servir à la fois à situer l’histoire et à la structurer, mais elles peuvent aussi avoir une fonction symbolique.

La porte est un passage : elle nous permet d’entrer ou de sortir, de passer d’un endroit à un autre. Elle implique aussi une temporalité, car une porte qui s’ouvre symbolise souvent le départ vers quelque chose de nouveau, tandis qu’une porte qui se ferme signale la fin. Mais la porte est aussi un lieu en elle-même : un seuil, une espace de transition, un entre-deux.

Dans les religions et mythologies, dans le cinéma, les séries, une porte, un portail est très souvent mobilisé pour incarner le passage d’une forme d’existence à une autre, un passage entre deux mondes, un avant/après... C’est une frontière, le point de rencontre entre deux états d’être, deux moments. La franchir c’est passer du monde réelle à un au-delà, ou vice-versa, via la naissance, la mort, la transcendance. Une porte peut ouvrir vers l’extérieur ou vers l’intérieur.

Une fenêtre, quant à elle, nous permet de voir un lieu, une situation, à travers et au-delà, sans pourtant y accéder. Elle nous offre de la transparence, mais aussi de la visibilité : une fenêtre apporte de la lumière. La fenêtre est une brèche dans l’espace, entre deux murs opaques, mais aussi dans le temps (ex. « fenêtre de tir »). La fenêtre est donc aussi un entre-deux, une ouverture physique ou temporelle vers quelque chose d’autre. L’image d’une fenêtre est une invitation à regarder, mais elle entrave aussi le regard, car son manque de transparence souligne la plasticité de l’image, sa qualité de représentation : pensez au tableaux de René Magritte.

Si on peut voir à travers une porte ou une fenêtre, on peut aussi être vu·e. Dans la bande dessinée, une porte ou une fenêtre peut être utilisée pour souligner le regard du/de la lecteurice, le/la plaçant dans le champ de la narration. Le regard du/de la lecteurice peut être substitué pour celui d’un personnage, ou encore celui de l’auteurice. Une porte ou une fenêtre peut donc révéler quelque chose à propos de celui/celle qui regarde à travers elle... ou de celui/celle qui l’a dessinée.

Il y a beaucoup d’autres façons de penser aux portes et aux fenêtres, qu’elles soient physiques (ex : portique de sécurité) ou symboliques (ex : fenêtre d’application dans le numérique). Globalement, on peut étendre la réflexion et se dire que la page de bande dessinée elle-même est une architecture. Au début du siècle, alors que la forme dites « bande dessinée » n’est pas encore forgée, on trouve de nombreux illustrés qui annoncent le gaufrier à travers la maison en coupe, notamment.

La narration en séquence se construit à grand renforts de cadres et d’espaces intericoniques, mais l’image et le récit débordent. On parle de polyptiques : les goutières disparaissent ou deviennent poreuses, les auteurices jouent avec la mécanique de la page, créant volontairement des interférences, des métalepses.

Ces jeux graphiques et narratifs mobilisent l’espace et le temps de manière tout à fait inédite, explorant chaque fois de nouvelles manières de faire récit. Aujourd’hui encore des auteur·ice·s ne cessent de jouer avec les cadres, les « frames », les fenêtre, les portes, les frontières, les murs, les gouttières pour produire une nouvelle fois des récits spécifiques au livre en maniant le gaufrier et/ou le rapport de l’image à son support et au texte.

Description du projet :

  • Nous vous demandons de produire un récit en planches, ou toute autre forme/dispositif qui questionne la notion de "frame"/"cadre" au sens élargi, de vous emparer des éléments évoqués plus haut à la fois comme incitant formel (= qui jouera sur la lecture et la morphologie du récit/propos) et outil narratif au service du récit/propos lui-même (= ce qu’il raconte/suggère), dans une série de minimum 15 images/planches abouties (lisibles/projet autoportant)*, avec un début et une fin.
  • Attention aux usages symboliques faciles et pas travaillés (il n’y a pas de "tout le monde sait que ce symbole = ... . Nope ! Un symbole, ça s’installe !) et au simples éléments de décors : les "portes"/"fenêtres" devront structurer le contenu et la forme du récit à un moment.

* Pour les étudiant·e·s qui ne travailleraient pas la narration en AP, nous acceptons aussi des propositions de type mise en espace, dispositifs...

Le travail sera évalué de manière continue sur :

  • Les différentes étapes montrées lors de chaque rdv : recherches, expérimentations, émergence et découpage d’un récit/propos, travail de mise en page, mise en objet, mise en espace, recherches graphiques.
  • le respect du calendrier

La présentation du travail sera évaluée sur :

  • la qualité/lisibilité du récit/propos, son épaisseur, sa richesse, ses inventions.
  • la lisibilité et la qualité de la mise en image.
  • l’invention dans la relation des éléments graphiques et du propos/narration.

Le travail sera soutenu par des apports autour de la spécificité bande dessinée, des mécaniques de l’album, du rapport texte/image, du vis-à-vis, des possibilités de mise en espace (sortir du livre), de séries ou de jeu plastique (sortir du récit...) et d’une réflexion sur les jeux plastiques à explorer/dépasser dans cet intitulé.

Calendrier :

  • 3 octobre : 9h présentation de l’intitulé en atelier.
  • 10 octobre : les groupes sont fixés et cherchent leurs récits.
  • 24 octobre : les groupes uploadent synopsis + recherches graphiques sur le cloud.
  • 7 novembre : accrochage des storyboards et présentation des recherches pour dessins finaux.
  • 11 et 12 décembre : présentation publique des planches/mise en espace des récits/des séries... à la galerie.

Exemples à explorer issus de champs bande dessinée pour des artistes ou des livres utilisant des portes et fenêtres, passages dans le graphisme et la narration, et/ou qui jouent avec l’architecture...

  • Chris Ware, en particulier « Building Stories »
  • Sammy Stein "Visages du temps" et ses autres publications...
  • Rutu Modan « Tunnels »
  • Winsor McCay « Little Nemo »
  • Pascal Rabaté « Fenêtres sur rue »
  • Nicole Claveloux « La main Verte »
  • Marc-Antoine Mathieu, en particulier « 3 secondes »
  • Brecht Vandenbroucke « White cube »
  • Brecht Evens « Les rigoles »
  • Tiger Tateishi tableaux
  • Evan M. Cohen (insta)
  • Georges Carlson (patrimoine)
  • Gotlieb (patrimoine)
  • Pascal Jousselin « Imbattable »
  • « Gazoline Alley » (patrimoine)
  • Fred « Philémon »
  • Olivier Schrauwen « Arsène Schrauwen »
  • David Mazuchelli « Asterios polyp »
  • Shintaro Kago « Abstraction »
  • Josephin Ritschel
  • Sophia Martineck
  • Heath Robinson and K.R.G. Browne « How to live in a flat » (patrimoine)
  • Herriman « Krazy Kat » (patrimoine)
  • Tom Gauld

image en tête de l’article : Evan M. Cohen

Par Joanna Lorho, Rebecca Rosen, 22 septembre 2024