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Illustration/Bande dessinée bachelors

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[BAC3] Raconter d’un point de vue "autre" - "Je, moi, l’autre"

BD/ILLU BAC3
Q1 2025-2026

Introduction :
Toute histoire est racontée d’un point de vue, que ce soit celui d’un·e narrateur·ice, de l’auteur·ice, d’un·e ou de plusieurs personnages. Toute histoire est aussi située. Il n’y pas un endroit à partir duquel nous pourrions raconter de manière neutre ou universelle. Il n’y a tout simplement pas de monde donné, existant, stable, immuable auquel nous pourrions tous·tes nous réferer. Qui raconte ? Qui a la parole ? Qui est autorisé, qui a les outils qui lui permettent de partager son point de vue ? Qui est silencié ? Quelle parole est dérobée ? D’où raconte-t-on ? Avec quel bagage culturel ? Quel corps ? Quelle histoire ?
La lecture que nous faisons du monde, la manière dont nous le ressentons, dont nous faisons du sens à partir de ce que nous ressentons fabrique la manière dont nous allons raconter. Ne pas en avoir conscience, ne pas se questionner à cet endroit, risque de nous faire raconter et reproduire des récits qui oppressent, invisibilisent d’autres voix, d’autres manières de sentir et voir le monde.

Cet intitulé aimerait vous inviter à laisser venir, à aller chercher, d’autres manières de raconter, de tisser plusieurs point de vue, d’aller chercher une manière de voir qui ne serait pas la vôtre. Manière de voir, peut-être déjà, manières de ressentir et de vivre le monde...

La narration en images offre cette possibilité folle de pouvoir explorer, adopter, combiner, restituer différents points de vues, que nous appuyons à travers des choix techniques, graphiques, et surtout des inventions. Ne serait-ce qu’un choix de plan et de cadrage par ex. : un chien verra le monde sous un angle mais un pou sur le chien verra autre chose. Mais surtout, si on se penche sur l’éthologie du chien, on saura que ce n’est pas la vue mais l’odorat qui fait apparaître le monde avec le plus de détail et de précision pour lui... Et le pou alors ?! On sait bien qu’il ne se dit rien à la manière d’un humain, et qu’il ne perçoit rien du monde comme un humain, donc... quel serait le récit du pou ? L’"umwelt", c’est le monde subjectif et sensoriel propre à chaque corps, chaque organisme, à partir de ce qu’iel perçoit et expérimente à travers des sens et un système nerveux spécifique (voir : Jakob von Uexküll). Comment le monde est il ressenti par un être non humain ? Par un être humain dont les sens se comportent différemment du "commun des mortel·le·s" ? Comment ses informations pourraient questionner et nourrir votre narration, votre dessin ? Les choix du matériel et de la technique de dessin, le type d’écriture qui en résulte peuvent être réfléchis afin de soutenir, suggérer un point de vue, travailler un climat, rester dans l’indécis ou dans l’incertitude (car nous ne serons jamais sûr·e·s de la crédibilité d’un point de vue "autre" raconté par nous => il faut du tact, de l’humilité, du travail. ) Une multiplicité de techniques déployées à différents moments dans un récit peuvent communiquer une diversité de points de vues, ou l’évolution d’un point de vue. L’image offre un mode de traduction que nous pouvons mobiliser, dans lequel nous pouvons inventer, pour aller rencontrer et explorer d’autres "umwelt".

Nous verrons lors d’un point technique spécifique que dans la narration par l’image, le point de vue peut se révéler à plusieurs niveaux de lectures dans un récit, c’est ce qui fonctionne si bien dans la littérature jeunesse par ex. car il va solliciter la sagacité du·de la lecteur·ice : l’image peut tout aussi bien contredire ou confirmer ce que raconte le texte ou les dialogues. Nous verrons qu’un jeu de cadrage dans les images peut permettre aux lecteur·ice·s de saisir des éléments de compréhension visibles pour elleux, mais inaccessibles aux personnages du récit. Un autre exemple serait celui du changement de plan (zoom ou dé-zoom) qui révèle quelque chose qui a été omis dans la narration.

Travail :

  • Cet intitulé souhaite vous ouvrir à la fabrication d’un récit à une ou plusieurs voix, dont au moins une sera un point de vue inattendu, ou qui nous fera nous déplacer dans notre manière de recevoir les choses, de traverser un événement.

Évaluation :

  • Le projet sera évalué de manière continue autour de la régularité des rdv et de la progression et de la générosité de la recherche au fil des semaines.
  • Il est demandé de produire un synopsis et un story board (voir calendrier)
  • Le projet abouti sera évalué sur la qualité du récit, sa lisibilité, et la qualité de la restitution d’un point de vue autre, la qualité et la pertinence des moyens plastiques mobilisés.

Calendrier :

  • 3 octobre 2025 14h : présentation du sujet en atelier.
  • 17 octobre : envoi synopsis + une carte/map/note d’intention + quelques recherches graphiques dans le cloud.
  • 7 novembre : accrochage des storyboards et présentation des recherches pour dessins finaux.
  • 11 et 12 décembre : présentation publique, expo, accrochage, mise en espace de travaux à la galerie.

À LIRE : (ces textes sont disponibles en pièce jointe)

 « La théorie de la fiction panier »Ursula K. Le guin
 « Je suis une fille sans histoire » Alice Zeniter ( sinon, la rencontre entre V. Tuaillon et A. Zeniter sur les questions de récit)
 "The danger of a single story" Tedtalk de Chimamanda Ngozi Adichie

Quelques pistes :

  • Shel Silverstein « The giving tree »
  • Gabrielle Bell « Cecil and Jordan in New York »
  • Alberto Breccia « Rapport sur les aveugles »
  • Bryan Ralph « Daybreak »
  • Michael Deforge « Ant Colony »/ »Big kids »
  • Jesse Jacobs « sous la maison »
  • Carmen Chica et Manuel Marsol « La montagne »
  • Charlotte Lemaire « Les chaussures lentes et le curieux chemin »
  • Giacomo Nanni « Acte de Dieu »
  • Sara Lundberg « La promenade du chat »
  • Nadine Redlich « Stones »
  • Eva Lindström « Dans les bois »
  • Jordan Scott / Sydney Smith « Je parle comme une rivière »
  • Arnold Lobel « Les deux grandes pierres » dans « La soupe à la souris »
  • Jérémie Moreau « Alyte »
  • Littérature
  • « Vers la nuit » John Hull
  • « Anima » Wajdi Mouahad
  • Sciences humaines
  • Maurice Merleau Ponty
  • "Milieu animal et milieu humain" Jakob von Uexküll (un article ici)
  • « Apprendre à voir, le point de vue du vivant » Estelle ZHONG MENGUAL
  • Baptiste Morizot, Vinciane Despret...

illustration de l’article : Liana Finck

Par Joanna Lorho, Rebecca Rosen, 23 septembre 2024