The Room





Le film s’ouvre sur un plan d’ensemble d’immeuble à appartements dans un quartier populaire : le linge pend aux fenêtres, les appartements sont petits.
Du brouhaha de la ville, au cœur duquel on peut reconnaître, entre autres, des pleurs de nouveau né, émerge une voix d’homme. Elle est puissante, elle est agressive, elle fait des reproches, elle insulte une voix de femme qui demande l’autorisation de sortir de chez elle pour aller faire une course.


Lorsque l’on découvre qui parle, nous sommes près d’une fenêtre dont le grillage de protection est ouvert. A l’intérieur de la pièce, un homme de 45 ans, en singlet, très agité, invective avec violence, ponctuant ses phrases de « OK ? ». Tandis qu’il fait encore jour, il invoque la nuit noire pour interdire à la femme d’aller faire sa course. A l’arrière plan de cette bruyante agitation, un garçon de 10 ans, assis à table, est immobile.

Après être passé et repassé devant la fenêtre, l’homme s’arrête, ferme le grillage en insultant « la terre entière ».

Il se retourne rapidement, et met en garde sa femme et son petit contre le « danger » de la vie en bas.




S’approchant de la porte d’entrée, il la ferme avec de nombreux verrous qu’il caresse un par un, entreprise interrompue par une soudaine et ex abrupto question suspicieuse à son enfant.



La mère, que l’on a à peine aperçu jusque maintenant, s’approche de l’enfant pour s’excuser auprès de lui de devoir encore manger des pâtes. Elle a 35 ans, son visage est agité d’expressions, de sourires, presque de grimaces.

Dès que le père arrive à la table en lui demandant brutalement de quoi elle parle, elle se détourne et l’invite à s’asseoir.

A la façon des cow-boys au moment d’entamer la fatale partie de poker, il enjambe la chaise au lieu de la contourner.


Il jette un coup d’œil à la fenêtre pourtant lourdement grillagée, puis à la porte pourtant plusieurs fois verrouillée.



Il lance une prière très expéditive.







Entamant le repas, il répète l’interdiction qu’il fait à sa femme et à son enfant de sortir. Il la justifie à nouveau par le danger supposé de la vie à l’extérieur, insistant, pour motiver cette affirmation, par son expérience de la vie que personne d’autre, autour de cette table n’a.

A partir de ce moment-là, toute la conversation sera menée par le père sur un ton de plus en plus véhément, accompagné de mimiques de plus en plus grimaçantes, soit pour souligner et insister sur ses propres paroles, soit pour moquer ceux de sa femme, qui tentera mollement de lui répondre, toujours en vain.











Pour mettre fin aux timides tentatives de résistance de sa femme, il exhibe brutalement, en la claquant sur la table, l’atèle qui retient le bas de sa jambe droite (exemple d’idiosyncrasie). L’agressivité de son ton s’est transformée en cris. Il soumet désormais sa femme à un interrogatoire de questions fermées sur les raisons de cet handicap : il se serait sacrifié en se blessant volontairement pour toucher des allocations. Par la même "occasion", il aurait « bien eu » ses anciens employeurs. Ce sont ces allocs qui font vivre la famille, à qui il reproche de ne pas fournir assez de gratitude pour ce geste héroïque. Sa femme se soumet à son exigence en le complimentant.

Mais pour obtenir un merci de son enfant, il doit insister par des grimaces et un silence appuyé, assorti d’un regard du même tonneau.

L’enfant, résigné, s’exécute, lentement, mollement.


Ne relevant pas du tout ce manque d’enthousiasme d’un merci extorqué, le père exprime sa satisfaction, car tout le monde l’a félicité. Il pose fièrement ses mains sur ses cuisses.
L’incident est clos, tous comme la séquence.

L’ensemble des traits, portés en gras dans le texte dessine un important faisceau de caractérisation qui rend très facilement identifiable ce personnage, richement et longuement décrit. Il correspond traits pour traits à la définition du dictionnaire des caractères que nous utilisons lors de ces séances d’atelier :

Le PARANOIAQUE - Seul contre tous
Ombrageux, soupçonneux, susceptible, le parano voit des ennemis partout. Le monde entier complote contre lui, se moque, lui tend des pièges, lui fauche ses meilleurs amis, ses grandes idées, ses petites affaires... Oh, il n’est pas dupe, il a l’œil ! Il ne croit pas une seconde à vos protestations d’amitié. Inutile de le nier : vous avez encore fouillé ses tiroirs, lu son journal intime, galvaudé ses secrets... Cela vous amuse ? Eh bien, pas lui ! Injuste victime d’un monde cruel, il n’a pas le coeur à rire, c’est lui qui vous le dit, parce qu’il est paranoïaque.