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La haine version américaine

Pour décompresser

Réflexion Jury Intérieur (version longue)

Gérard Fromanger,
“Le froid et le chaud”
(Extrait) Gilles Deleuze, 1972

C’est difficile de demander à un peintre : pourquoi tu peins ? La question n’a pas de sens. Mais comment peins-tu, comment le tableau fonctionne-t-il, et du coup, qu’est-ce que tu veux en peignant ? Supposons que Fromanger réponde : je peins dans le noir, et ce que je veux c’est le froid et le chaud, et je le veux dans les couleurs, à travers les couleurs. Un cuisinier aussi peut vouloir le froid et le chaud, un drogué aussi peut vouloir le froid et le chaud. Il se peut que, pour Fromanger, ses tableaux soient sa cuisine à lui, ou bien sa drogue à lui. Hot et cool, voilà ce qu’on peut arracher à la couleur autant qu’à autre chose (à l’écriture, à la danse et musique, aux media). Inversement on peut arracher autre chose à la couleur, et ce n’est jamais facile d’arracher quoi que ce soit. Arracher, extraire, veut dire que l’opération ne se fait pas toute seule. Comme le montre Mac Luhan, quand le milieu est chaud, rien ne circule et ne communique que par le froid qui commande toute participation active, celle du peintre à son modèle, celle du spectateur à son peintre, celle du modèle à sa copie. Ce qui compte, ce sont les renversements perpétuels du hot et cool, d’après lesquels il arrive au chaud de rafraîchir le froid, au froid de réchauffer le chaud : chauffer un four en entassant des boules de neige.

Qu’est-ce qu’il y a de révolutionnaire dans cette peinture-là ? Peut-être est-ce l’absence radicale d’amertume, et de tragique, et d’angoisse, de toute cette chierie de faux grands peintres qu’on dit témoins de leur époque. Tous ces fantasmes fascistes et sadiques qui font passer un peintre pour critique aigu du monde moderne, alors qu’il jouit seulement de ses propres ressentiments, de ses propres complaisances et de celles de ses acheteurs. Parfois c’est abstrait, et ce n’en est pas moins sale et triste, éc?urant. Comme disait le garde-chasse au peintre : ” Tous ces tubes et ces vibrations de tôle ondulée sont plus bêtes que tout, et assez sentimentaux ; ils montrent beaucoup d’apitoiement sur soi-même et beaucoup de vanité nerveuse.” Fromanger fait le contraire, quelque chose de vital et de puissant. C’est peut-être en ce sens qu’il n’est pas aimé du marché, ni des esthètes. Ses tableaux sont pleins de vitrines, il met partout sa silhouette : il n’y a là pourtant aucun miroir pour personne. Contre le fantasme qui mortifie la vie, qui la tourne vers la mort, vers le passé, même quand il opère avec modern style : opposer au fantasme un processus de vie toujours conquis contre la mort, toujours arraché au passé. Fromanger sait la nocivité de son modèle, la ruse de la marchandise, l’éventuelle bêtise d’un passant, la haine qui peut entourer un peintre dès qu’il a des activités politiques, la haine qu’il peut lui-même éprouver. Mais de cette nocivité, de cette ruse, de cette laideur, de cette haine, il ne fait pas un miroir narcissique pour une hypocrite réconciliation généralisée, immense apitoiement sur soi-même et sur le monde. De ce qui est laid, répugnant, haineux et haïssable, il sait extraire les froids et les chauds qui forment une vie pour demain. Imaginons la froide révolution comme devant réchauffer le monde surchauffé d’aujourd’hui. Hyper-réalisme, pourquoi pas, si c’est arracher au réel morne et oppressif un “plus de réalité” pour une joie, pour une détonation, pour une révolution. Fromanger aime la femme marchandise, verte-morte, qu’il fait vivre en bleuissant le noir du peintre. Peut-être même la grosse dame violette qui attend, morne, on ne sait quelle cliente. Il aime tout ce qu’il a peint. Ce qui ne suppose aucune abstraction, aucun consentement non plus, mais beaucoup d’extraction, de force extractive. C’est curieux, à quel point un révolutionnaire n’agit qu’en fonction de ce qu’il aime dans le monde même qu’il veut détruire. Il n’y a de révolutionnaire que joyeux, et de peinture esthétiquement et politiquement révolutionnaire que joyeuse. Fromanger éprouve et fait ce que Lawrence dit : “Pour moi, il y a de la joie dans un tableau, ou bien ce n’est pas un tableau. Les plus sombres tableaux de Piero della Francesca, de Sodoma ou de Goya, expriment toujours cette joie indescriptible qui accompagne la vraie peinture. Les critiques modernes parlent beaucoup de la laideur, mais je n’ai jamais vu un vrai tableau qui m’ait semblé laid. Le sujet peut être laid, il peut avoir une qualité terrifiante, désespérante, presque répugnante, comme dans le Greco. Mais tout cela est étrangement balayé par la joie du tableau. Aucun artiste, même le plus désespéré, n’a peint un tableau sans éprouver cette étrange joie que procure la création de l’image” – c’est-à-dire la transformation de l’image sur le tableau, le changement que le tableau produit dans l’image.

Gilles Deleuze

jury interne et consultatif

ce grand nom ferait presque peur, si nous savions pas que ça veut juste dire que ça ne sert à rien!

bon, en vrai, je m’y prend un peu tard, je sais, mais je voulais vous demander qui voudrais quelle salle…

car, finalement, j’ai quand même envie de le prendre un peu au sérieux ce jury, même si on nous y invite pas forcément dans l’organisation ergienne. (pas de salle…)Donc je voudrais accrocher deux trois truc demain…

j’ai calculer on est 13, il y a “4 salles” c’est à dire :

salle de projections-1

salle au fond à gauche où nous faisions les soaps-2

double salle au fond à droite (salle avec estrade-4, salle sans-3)

soit :

qui veux quoi?

si nous sommes vraiment 13 ça fait 3 personnes par salle

pour ma part il me faudrait un mur je reserverai bien, la salle 3 mur “b”

ou deux mur salle 4 (”b” et “c”) si il y a peu de gens qui veulent accrocher.

j’aurais aussi besoin d’une table.

le plus simple serais peut être que ceux qui veulent accrocher soit là aussi demain?

(il me semble que l’on aura pas trop le temps lundi)

voilà dites moi quoi et bon week end.

sarah

ps j’en profite pour poster un de mes nouveaux dessins en grand format.

L’ ESCAUT 60 lieu d’ex-position ? (etage)

L’ ESCAUT 60 lieu d’ex-position ? (rez)

L’ ESCAUT 60 lieu d’ex-position ? (dehors)