Peter KUBELKA / Monument film

Fin novembre, Peter Kubelka est venu présenter l’ensemble de ses films à Bruxelles.
Ses oeuvres plus anciennes étaient présentées à la Cinematek / Films montrés
Sa dernière oeuvre (film et installation) était présentée à Bozar / Monument film        
« Le principe fondamental de la théorie cinématographique de Kubelka est qu’il n’y a pas de mouvement au cinéma. Chaque photogramme est une image fixe. »

P. Adams Sitney
« Mon intérêt est d’inspirer un mouvement qui s’oppose a la direction que prend la vie dans notre civilisation en s’éloignant des sens et de la vie sensorielle. J’ai compris que la pensée abstraite est impossible. C’est tout à fait faux de croire que la pensée humaine est quelque chose qu’on pourrait abstraire des sensations. »
Peter Kubelka
Cinéaste, théoricien, cuisinier, musicien, co-fondateur de l’Anthology Film Archives à New York (avec Jonas Mekas qu’il a rencontré au festival EXPRMNTL de Knokke-le-Zoute en 1963) et de l’Österreichisches Filmmuseum de Vienne, Peter Kubelka a enseigné le cinéma et la cuisine (qu’il place à l’origine des arts et des sciences) à l’Académie des Beaux-Arts de Francfort ainsi qu’à la New York University et à Chicago.
Ses films, peu nombreux mais extrêmement condensés, poussent l’expérience cinématographique à un haut degré de complexité et d’intensité, s’étayant sur certains processus fondamentaux de la projection cinématographique classique. Réalisée sur une période de près d’un demi-siècle, son oeuvre complète totalise à peine une heure de projection.
En 1960, Peter Kubelka mettait la dernière main à son film « Arnulf Rainer », une encoche historique dans l’histoire du cinéma. Avec cette oeuvre radicale, Kubelka réduisait le cinéma à sa plus simple expression: lumière et obscurité, silence et bruit blanc.
50 ans plus tard, il élabore une réponse à ce film, « Antiphon », sorte de pendant « en creux » de « Arnulf Rainer », les deux films composant désormais ensemble une nouvelle oeuvre, « Monument Film » qui se décline en installation, et projections modulables.
A Bruxelles, après les combinatoires de projection d’Arnulf Rainer et d’Antiphon / Monument film (projections successives, puis côte à côte, puis superposées), Kubelka « projette » Antiphon dans l’espace, en déroulant la pellicule argentique de ce film à travers les rangs des spectateurs présents dans la salle. Chaque spectateur repartira avec quelques photogrammes du film, comme une ultime trace (ou preuve) d’un médium dont l’industrie cinématographique, en se débarrassant massivement de ses projecteurs pellicule pour s’équiper en digital, accélère encore un peu plus la disparition totale.Entretien avec Peter KUBELKA