Atelier du 23.10.13

Second moment autour de Chris Marker, en echo à Casque bleu (vu la semaine passée)
Le tombeau d’Alexandre   1992  Chris Marker

Alexandre Ivanovitch Mcdvedkine est le seul cinéaste russe né en 1900. Ces entailles que les pères de famille font au portes des chambre pour mesurer la croissance de leur progéniture, le siècle les a tracées sur sa vie : il avait 17 ans, c’était l’insurrection d’Octobre – 30 ans, la guerre civile, et lui dans la cavalerie rouge, derrière Boudienny, tout comme Isaac Babel 38 ans, le procès Boukharine, et son meilleur film, Le Bonheur, attaqué pour « Boukharinisme »… – 41 ans, la guerre, et lui en première ligne, caméra au poing – et quand il meurt en 1989, c’est dans l’euphorie de la perestroïka, convaincu que cette cause du communisme à laquelle il avait consacré sa vie trouvait enfin là son aboutissement, et que tant de souffrances n’avaient pas été vaines, puisqu’enfin justice sociale et liberté allaient marcher d’un même pas…
Peut-on rêver meilleur fil conducteur pour explorer la tragédie de notre siècle ? Son énergie, son courage, ses illusions, ses désillusions, ses compromissions, ses bagarres avec les bureaucrates, ses illuminations prophétiques, ses aveuglements, volontaires ou non, son humour indestructible et la lumière déchirante que l’effondrement de l’URSS jette rétrospectivement sur toute sa vie, ce sont ceux de toute une génération, et c’est le portrait de cette génération que j’entends tracer à travers le portrait d’un ami.
SUITE du texte de Chris Marker.

Concevoir l’œuvre comme fragment, c’est alors la possibilité d’organiser une histoire en interrogation, en recherche constante. Ce principe porté à valeur générale donne une nouvelle place à l’idée et au cadre historique. Chaque image va donc porter en elle ce changement car elle représente un présent en marche. Cette démarche traduit une volonté de comprendre le passé, un passé pensé au présent, c’est-à-dire à travers le filtre du regard de l’homme derrière le récit (ou l’image). Par la « violence » de l’interprétation et « la force meurtrière d’idées nouvelles» (Arendt 1986 : 300) chaque fragment a une puissance de mystère. Devant ces fragments exposés comme tels une lecture simple n’est plus possible. Ils nécessitent un travail tant à la conception qu’à la réalisation. La constitution d’une collection de fragments montre les possibilités d’écoute et d’illumination mutuelle que ces fragments permettent et se faisant, elle met en avant l’impossible unité de la démarche historique. Et si, pour Benjamin, comme l’écrit Arendt, « citer c’est nommer »
SUITE de l’article « Montages et démontages du regard, Chris. Marker documentariste »

Sans soleil 1983  Chris Marker

Le questionnement sur les images est au centre du cinéma de Chris Marker. On se souvient des premiers mots de La Jetée : « Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance ». Dimanche à Pékin avait déjà mis l’accent sur cette fascination pour l’image : « Je rêvais de Pékin depuis trente ans, sans le savoir. J’avais dans l’oeil une gravure de livre d’enfance, sans savoir où c’était exactement – et c’était exactement aux portes de Pékin : l’allée qui conduit aux tombeaux des Ming. Et un beau jour, j’y étais. C’est plutôt rare de pouvoir se promener dans une image d’enfance ». Ce pouvoir mémoriel de l’image trouve sa formulation la plus nette en exergue du Tombeau d’Alexandre à travers cette citation de George Steiner : « Ce n’est pas le passé qui nous domine. Ce sont les images du passé ». S’il n’a jamais été le premier à utiliser les nouveaux moyens de reproduction, Chris Marker reste celui qui a su à chaque fois le mieux accompagner cette pratique d’une réflexion. Un film de 1982 en est l’emblème : Sans soleil.                                                                                                                LIRE l’article


Au commencement, une image à peine entrevue. Une image de bonheur, celle de trois enfants d’Islande, surgissant du noir pour y retourner. Chris Marker leur dédie son film, Sans soleil, réalisé en 1982. D’où vient que toutes les images qui vont suivre, a priori très hétérogènes, venues “de ces deux pôles extrêmes de la survie, le Japon et l’Afrique”, nous apparaissent comme étant intimement liées les unes aux autres ? Peut-être cela vient-il du fait étrange, comme l’a écrit Pierre Legendre, que “nous sommes ici dans les vestiges de ce qui a déjà eu lieu et dans les vestiges de ce qui va s’accomplir d’inconnu, nous sommes dans l’intemporalité du désir et de la mort”.
Le Japon est le théâtre de Sans soleil, mais il n’est pas l’objet du film. Les images africaines ou islandaises ne sont pas anecdotiques, elles ont valeur de contrepoints.
(…) Que va devenir la mémoire ? “Il m’écrivait : “J’aurai passé ma vie à m’interroger sur la fonction du souvenir, qui n’est pas le contraire de l’oubli, plutôt son envers. On ne se souvient pas, on réécrit la mémoire comme on réécrit l’Histoire. Comment se souvenir de la soif ?” Peut-être l’acte de mémoire est-il un engagement pour l’avenir.     LIRE l’article

Echo à un flash autour de la pixilation > Pascal Baes
Topic I  1990  Pascal Baes                                                                             VOIR le film

Traversé des perceptions lumineuses et fantastiques du cinéma muet,Topic 1 et 2 transforme ses interprètes en fantômes mélancoliques, et les propulse dans une Prague nocturne, presque déserte, déjà en ruines.
À partir de l’enregistrement image par image (et non en continu) , entre lesquelles les danseurs modifient finement leur position, Pascal Baes reconstitue une continuité faite de glissements : les figures filent sur le sol sans aucune impulsion corporelle, mues par un invisible moteur. Des tombes de la famille Frankenstein à l’usine désaffectée, des rues désertes aux bords surexposés du fleuve, le film développe un répertoire d’états de corps que seul le cinéma permet de faire exister : cristallisation de la figure à partir de lignes abstraites qui émergent du vide, dissolution du corps dématérialisé par le mouvement, clignotements de plus en rapprochés ou distendus, qui font émerger ou disparaître la figure, corps sans substance dont les bras traversent les grilles…

Topic II  1990  Pascal Baes                                                                            VOIR le film

Topic 1 et 2 développe ainsi ce que 46 bis, précédent film de Pascal Baes, avait esquissé : sur un tango de Lili Boniche, les danseuses déploient ou desserrent leur étreinte en glissant sur une large figure géométrique tracée sur le sol, avant que les corps, alors immobiles, ne soient traversés par la dématérialisation que produit la réminiscence du mouvement. Le corps vibre alors sous l’impulsion d’un mouvement fantôme, déjà un de ces « souvenirs lointains » chantés par le groupe M’ba dans Topic 1 et 2, dans des tonalités furieusement underground, aux rythmes rock fondus dans la noirceur gothique.
Pascal Baes fait de ses fantômes des années 1980, en bottines et en perfecto, des figures de révélation : révélation lumineuse du jour qui se lève lors des longs glissements sur les pavés de Prague, révélation plastique de l’impermanence et de la malléabilité des états de corps, révélation de l’intense mélancolie qui hante le mouvement, révélation de ce qui fait la plus subtile des qualités de l’image cinématographique, et qui fait de Topic 1 et 2 un des chefs d’oeuvre les plus foudroyants du cinéma : la transparence.

46Bis, rue de Belleville  1988  Pascal Baes                                    VOIR ce premier film

Clip pour « Les innocents » / Un monde parfait 1995  Pascal Baes              VOIR le Clip

Plusieurs Publicités dont
Commercial » Nike 180″  1990  Pascal Baes
15Second
Commercial « Paramount Hotel »  1991  Pascal Baes (Lobby,RoomService,Bed):3*30Second

Commercial « Swcheppess »  1992  Pascal Baes
(Terrasse,Plage,Fontaine):3*30Second

Commercial « LevisDockers »  1994  Pascal Baes
(BoredRoom,RedEyes):2*30″
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Voir son SITE PERSO

 

 

Atelier du 16.10.13

Suite et fin du cours sur Avi Mograbi
Interviews d’Avi Mograbi sur Z32                                            A VOIR  Partie 1 & Partie 2

Suite du visage / masque (témoignages liés à des situations de guerre)
Casque bleu 1995  Chris Marker

Chris Marker rencontre en 1995 François Crémieux, jeune médecin, qui s’est porté volontaire pour effectuer six mois de son service militaire en Bosnie.
A son retour en France, Chris Marker l’interroge ou du moins recueille ses propos sur la mission des Casques Bleus là-bas, sur l’impact de leur présence, sur les écarts entre les impératifs de la mission et les comptes rendus de la presse, les annonces des politiciens, mais surtout la réalité des faits.
Dix-neuf sections structurent cet entretien : Raisons, Images, Briefing, Histoire, Bousniouks, Agressions, Mission, Motivation, Engagés, Obéissance, Chiens, Guerre, Mort, Demi-tour, Politique, Mensonge, Positif, ONU, Bilan.
Chris Marker a appliqué un effet de type « solarisation » sur la moitié gauche du visage de François Crémieux.  Le visage, déjà divisé en 2 par l’éclairage (clair d’un côté, sombre de l’autre), est encore plus « dualisé » par cet effet de « masquage » partiel.

Suite du visage / masque (témoignages liés à des situations de guerre)
En echo à « Z32″ d’Avi Mograbi et à « Casque bleu » de Chris Marker, un autre « fait de guerre », mais raconté très différemment par son protagoniste. Ici, le masque (masquage) est total, car les visages sont totalement re-dessinés, comme l’ensemble des éléments de l’image.
Valse avec Bachir  2008  Ari Folman
En 1982, durant l’opération « paix en Galilée », le jeune Ari Folman, dix-neuf ans, fait son service militaire. Vingt-quatre ans plus tard, en 2006, il rencontre un ami de cette époque, Boaz, qui lui parle d’un rêve étrange qu’il fait toutes les nuits depuis plus de deux ans, mettant en scène des chiens qu’il a tués durant la guerre.
Ari tente alors de se rappeler cette période de sa vie, sans y parvenir. Il parvient cependant à se remémorer une scène qu’il ne peut interpréter : lui et deux jeunes soldats sortant nus de la mer sous la lumière de fusées éclairantes dans la baie de Beyrouth. Il pense alors qu’il s’agit des scènes du massacre de Sabra et Chatila, où l’armée israélienne a couvert les milices phalangistes chrétiennes, mais sans en être sûr, sans même savoir s’il était réellement présent près du camp cette nuit du 17 septembre 1982. Ari Folman décide de rencontrer des compagnons de cette période et de les questionner sur la guerre. Mais il doit se rendre à l’évidence : premièrement, ses amis n’arrivent pas à tout se rappeler, et deuxièmement, il est probable que les événements anciens que se racontent ces vétérans n’aient jamais eu lieu et soient des faux souvenirs créés par leur inconscient afin d’obscurcir les souvenirs des trop douloureuses scènes de guerre.
Petit à petit, Ari retrouve par flash des scènes de cette guerre et de sa participation : l’attaque d’une voiture civile ; la mort d’un enfant ayant tiré une roquette sur un char ; les tanks israéliens bombardés par l’aviation israélienne ; sa permission au bout de six semaines de guerre… Mais surtout, il redécouvre qu’il a indirectement participé au massacre, en tirant des fusées éclairantes depuis le toit d’un immeuble pour faciliter la tâche des miliciens.
LIRE une analyse du film et des détails sur les types d’animation utilisés.
LIRE l’analyse du film de Fanny Lautissier

La fin de « Valse avec Bachir » confronte directement l’animation (qui caractérise l’ensemble du film) avec des images réelles (3 dernières minutes). Les femmes palestiniennes en pleurs deviennent bien réelles, tirées d’images documentaires filmées à l’époque.
Dans « Black heart, white men », Samuel Tilman utilise également des images d’archives, et les personnages historiques sont, de la même manière que dans « Valse avec Bachir », représentés (ressuscités) en animation.
Black heart, white men   2011  Samuel Tilman
L’histoire violente de la colonisation de la RDC (ex-Congo belge, puis ex-Zaïre), depuis l’arrivée des Portugais, au XVe siècle, jusqu’au règne de Mobutu. Coeur noir, hommes blancs raconte la colonisation de la République démocratique du Congo, et la manière dont elle a façonné l’histoire sanglante de cette nation géante. En recourant à de saisissantes images d’archives, mais aussi aux scènes reconstituées et au dessin animé, cette saga couvre cinq siècles de violences et de cohabitation entre Noirs et Blancs. Après plusieurs siècles d’esclavage, un cruel système d’exploitation économique est mis en place en 1885 par Léopold II, le roi des Belges. Lorsque la Belgique hérite de la colonie trente ans plus tard, elle freine la formation des élites autochtones et muselle toute forme de contestation. Une formidable machine de guerre économique au service de la métropole voit ainsi le jour. Et lorsque Patrice Lumumba reprend brièvement la main au lendemain de l’indépendance en 1960, l’élite politique congolaise est incapable de se débarrasser de l’encombrant héritage du passé. La place est libre pour l’officier Joseph-Désiré Mobutu, qui instaure un régime autocratique sous le regard bienveillant des Occidentaux, soucieux de préserver leurs intérêts.

En echo à cette cohabitation images réelles / animation, le travail d’une étudiante:
Elen Dragoste  2013  Eve Decampo
En écho, d’une part à l’utilisation de sous-titre particulier (apparaissant par exemple à des endroits où il y n’y a pas de voix à « sous-titrer »), un autre film d’étudiant, utilisant des sous-titres pour évoquer une trajectoire. Cette histoire peu également être rapprochée d’un contexte de guerre (ou militaire) où le protagoniste raconte ses regrets (lié, semble-t-il à l’armée) et nous fait part des impressions (sans concession et très crues) qu’il a, observant des passants depuis une table de café.

Avant la parade   2013   Adrien Nihoul
Autre contexte lié à un combat (politique cette fois),se terminant également par un meurtre, celui de Demitrios Tsafendas, qui, en 1966, a assassiné Hendrick Verwoerd, alors Premier Ministre sud-africain.
Obscur White Messenger   2010   Sipopis Penny
Dans Obscure White Messenger, Penny Sipopis utilise diverses pellicules 8mm de home-movie. Des scènes domestiques, des rituels sociaux ou encore des images de voyages nous font revivre le récit tragique de Demitrios Tsafendas, l’homme qui poignarda et assassinat le Premier Ministre sud-africain Hendrick Verwoerd en 1966. Ce found footage anonyme est littéralement mis en musique alors qu’un récit halluciné défile en sous-titre. A partir de multiples sources historiques, tant légales que médiatiques, l’artiste recompose un témoignage sous forme de dialogue. Les origines métisses du criminel, son statut d’apatride et de refoulé, la ségrégation politique de l’apartheid, ses troubles de santé ; autant de lignes de fracture qui dessinent les racines politiques et culturelles d’un geste fatal.
Hendrik Verwoerd était le « grand architecte » de l’apartheid.
Le 6 septembre 1966, il est poignardé à mort en plein parlement par Demitrios Tsafendas. Demitrios Tsafendas, métis d’origine grecque et mozambicaine, échappa à la peine de mort à cause de son état mental. Il est condamné à perpétuité et mourra en hôpital psychiatrique en 1999. À cette occasion, la déclaration du premier ministre rhodésien, Ian Smith, démontrait la grande incompréhension des Blancs envers les Noirs dans cette partie du Monde: « A ceux qui l’ont connu personnellement, et je fais partie de ceux qui ont eu ce privilège, sa profonde sincérité dans tout ce qu’il entreprenait, son élégance et sa gentillesse envers tout le monde, sa défense des valeurs chrétiennes, et ses sages conseils en temps de paix et dans l’adversité seront grandement regrettés ».

Atelier du 31.10.12

En écho au film Dimanche d’Edmond Bernhard, Dimanche de Emmanuel Finkiel (2000).
Micky vient rendre visite à son ex-femme/ex-petite amie et à son fils pour le déjeuner dominical. Elle tente de le convaincre de rester pour la nuit.
Focus sur la main de la personne âgée, caressant la jeune femme/fille qui dort.
Suite de l’analyse de LA SEINE A RENCONTRE PARIS de Joris IVENS.      VOIR le film
Analyse de la séquence de la pluie,
et mise en rapport avec son court métrage LA PLUIE / 1929.    VOIR le film
Comparaison de séquences de « La seine… » et de « Aubervilliers » (Eli Lotar – 1946) et différences des approches des personnes filmées.

Détour dangereux par la route, pour revenir au calme de la Seine…

Après la focalisation sur les commentaires de ces 2 films (tous 2 avec des textes de Jacques Prévert) > Film détourné par le commentaire du régime nazi / LES RAISINS DE LA COLERE / 1940 – John Ford, dans l’émission Télé PROPAGANDA
Célèbre démonstration de l’importance du commentaire et de l’accompagnement musical à travers 3 versions avec la même bande image > Extrait de LETTRE DE SIBERIE / 1958 – Chris Marker                                                                   VOIR l’extrait

FLASH 3 / Patrick Fievez FLASH 4 / Michel Nyarwaya

Suite au FLASH 3 > Réaction aux films stéréotypés, aux clichés narratifs avec la Pub pour les jeans Diesel. L’archétype du Western et des personnages clichés   VOIR la pub

MONTAGE & COMMENTAIRE / Le Montage et le commentaire qui permettent le faux, ou comment William Karel reprend point par point les « preuves (?) du canular » avancées par certains, pour mettre en doute l’alunissage d’Apollo 11 ( « fausses preuves » démontées par d’autres) à travers un film d’enquête où interviennent d’importantes personnalités.
« Un documentaire d’intrigue, subtil mélange de faits réels, de fiction et d’hypothèses autour d’un événement qui marqua le XXe siècle : la course à la Lune. Ce film jette le trouble et nous rappelle le pouvoir des images et leur possible manipulation. »

OPERATION LUNE / 2002 William Karel.   VOIR le film
Pour arriver sur la lune… en musique, le morceau I Know You Got Soul / 1987 de Eric B And Rakim ( ECOUTER ) qui sera samplé dans Pump up the volume / 1987 de M.A.R.R.S. (VOIR ) dont le clip réutilise des images de la conqête spatiale.
En décallage   APOLLO VISION / 1970, film expérimental en 16mm relevant le matraquage politique, idéologique et publicitaire de l’aventure spatiale à travers typographies et écrans de télévision refilmés.

Extrait de l’Alunissage « en direct », et de la conversation avec Nixon ou le jour où l’Amérique devient le monde entier…