Atelier du 20.03.13

En ECHO au séminaire 2013 de l’Erg « Narration spéculative » et aux interventions d’Hervé Joubert-Laurencin (sur plusieurs films d’Hayao Mizaki) et d’Alexis Orsini (sur le manga « 20th century Boys »)
JUMPING 1984 Osamu Tezuka                                                     VOIR

Osamu Tezuka est un mangaka et un animateur, character designer, producteur et scénariste d’anime (film d’animation en provenance du Japon)
Sacré au Japon « Dieu du manga », Osamu Tezuka demeure à jamais un grand auteur populaire. Un homme ayant influencé de manière décisive la destinée d’un art (l’animation), d’une industrie (les mangas) et d’une culture. Il est notamment le créateur d’AstoBoy, et des séries télévisées telles que Astro Boy (Astro le Petit Robot), Princesse Saphir (Princess Saphir) et Le Roi Léo.
Jumping raconte l’histoire d’un saut (d’un homme? d’une entité? d’un esprit? du temps?) qui ira en s’amplifiant, parcourant espaces (de la campagne à la ville, de la terre à la mer, …) et époques (guerre, Afrique coloniale, …) pour terminer sa course… en enfer, ou presque.

En ECHO au séminaire, et à la rencontre avec Elia Suleiman,
INTRODUCTION TO AN END OF AN ARGUMENT 1990 Elia Suleiman  VOIR (à 13’47″)

En utilisant la technique du Found Footage, et de carton (générateur de caractères), ce court létrage fait l’inventaire des stéréotypes du monde occidental vis-à-vis du monde arabe dans les médias.

 

DISNEYLAND, MON VIEUX PAYS NATAL 2002 Arnaud Des Pallieres         VOIR

Arnaud des Pallières réalise son film en DV, triture les images, les sons, transformant son film en un voyage expérimental au cœur du monde Disney. Un monde effrayant, triste et morbide. (…)  Il y’a une sorte de suspens qui se crée, d’angoisse latente qui transforme Disneyland en cauchemar. Des Pallières veut réinjecter de la réalité dans ce monde factice, cette entreprise qui s’est réappropriée les grands contes européens pour les transformer en histoires inoffensives, bien éloignées de leurs premières vertus qui étaient d’aider les enfants à grandir. Disney prend en otage ces personnages, ainsi que les enfants qu’il souhaiterait voir à jamais prisonniers de ce monde idyllique.
Produit dans la collection « Voyages, voyages » d’ARTE, Disneyland, mon vieux pays natal se présente à peu près comme un voyage de 24 heures dans le lieu le plus visité de la Seine-et-Marne. A l’image au moins. La bande-son, elle, raconte une tout autre histoire. La gageure est là : c’est le son qui commande aux images et régit leur interprétation. A l’image, on voit ce que tout un chacun ou presque peut filmer depuis l’hôtel Disney jusqu’à la grande parade de l’après-midi.     Lire l’ ARTICLE complet.

Pour continuer à découvrir des Histoires « particulières » du cinéma (en réaction à la catastrophique Story of Film / Une histoire du Cinéma de Mark Cousins récemment sortie), après « Histoire du cinéma » de Jean-Luc Godard et les « Visual essays » d’Al Razutis , 2 autres propositions: les films de Ken Jacobs  et le travail de Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi.

Ken Jacobs 
Ken Jacobs (né le 25 mai 1933) est un cinéaste expérimental américain. Il a notamment réalisé Tom, Tom, The Piper’s Son (1969) et Blonde Cobra (1963). Il crée le mot « paracinema » au début des années 1970 pour désigner ses expériences cinématographiques qui utilisent des outils n’appartenant pas à la technologie cinématographique habituelle. Il sera également un cinéaste actif de l’Expanded Cinema.

TOM TOM THE PIPER’S SON  1969 Ken Jacobs                 VOIR un extrait
Tom Tom the Piper’s Son de Ken Jacobs étudie, pendant deux heures, un film de Billy Bitzer qui date de 1904, dure dix minutes et porte le même titre. La solution s’avère donc inverse à celle de Razutis : l’œuvre observée est unique et l’étude s’attache à l’affirmer, non pas comme une entité logique (entreprise de l’analyse classique, qui procède par déduction du même au même), mais comme un Tout, ici, à vocation herméneutique.
Le film de Bitzer est présenté tel quel deux fois, en début puis en fin d’analyse, il constitue l’objet initial ainsi que la conclusion de l’étude.

Ken Jacobs dégage trois phénomènes. D’abord, un certain nombre de mouvements infra-scénographiques : il va chercher des mouvements irrationnels inconcevables,(…) étudie le désordre, le chaos constitutif en quoi consiste un regroupement humain. Deuxièmement, les intervalles figuraux. Après avoir travaillé les rapports entre l’ensemble et les détails, il observe intensivement les seuils, les points de confusions, les échanges entre corps et masse, entre figure et fond et principalement, entre corps et trajet.  (…) Troisièmement, ilntravaille sur les trouées figurales : les figures sont agrandies jusqu’à la matérialité du grain et l’on s’aperçoit alors qu’elles n’ont ni contours, ni traits, ni continuité. (…)
Tom Tom établit au rebours que, si on l’observe vraiment les superficies, si on les décompose jusqu’au bout, on métamorphose la figure au risque de ne plus jamais la retrouver.  LIRE tout l’article (Cfr Ken Jacobs)

THE DOCTOR’S DREAM 1977 Ken Jacobs
The Doctor’s dream n’est pas le titre original du film (initialement realisé pour la television) qu’a utilisé Ken Jacobs pour son propre film. Pour lui, un “événement” sexuel puissant a été caché dans la banalité de ce film de télévision, dont il trouve la “confirmation” dans la peinture que l’on peut voir dans le film. Il analyse la posture de ce médecin, son regard sur cette toute jeune fille, comme la traduction d’un désir coupable.

Pour “révéler” cela, il modifie complètement la structure du film, selon une structure qu’il a défini préalablement.
Il a compté le nombre de plans total que comprend le film (par exemple 300 plans), et a commencé par le plan se situant exactement au milieu de son décompte (selon l’exemple = plan 150). Le plan suivant est le plan précédent (plan 149), puis le plan suivant le plan central (plan 151). Les 2 plans suivants seront respectivement le plan précédent (plan 148) et le plan suivant (plan 152) les plans déjà montés, et ainsi de suite (147 & 153, 146 & 154, …). Donc, si au début du film, le spectateur arrive à +/- reconstituer la chronologie exacte de l’histoire, cette reconstitution sera de plus en plus compliquée, même si la lecture et la compréhension reste totalement possible.
Cette nouvelle structure fera se confronter en permanence la maldie et la guérison, l’ambiguïté du regard du Doctor sur sa jeune patiente se trouvant par là, pour Jacobs, accentuée.
Ken Jacobs a également développé un cinéma différent, dont les conditions et dispositifs de projection devenaient partie même du travail. Ken Jacobs s’est, avec d’autres cinéastes, plongé dans les archives des productions filmiques marginales, pour en tirer des matériaux jusqu’à présent inaccessibles ou peu exploités, qu’ils utilisent dans le cadre de projections élargies inspirées de l’Expanded Cinema. L’objectif est de développer une réflexion plus globale, portant à la fois sur l’histoire de la culture et la théorie de la perception.
Ken Jacobs a joué dans ce mouvement un rôle de pionnier. Depuis le début des années 1970, il invente sans cesse de nouveaux dispositifs, qu’il appelle Nervous System ou dernièrement Nervous Magic Lantern, pour présenter les matériaux qu’il a recueillis. (…)
Ken Jacobs expose des images d’archives photographiques et filmiques de telle sorte qu’elles peuvent être perçues non seulement sur le mode figuratif ou abstrait, mais aussi comme des objets matériels. Il  met en scène dans ses performances un processus de lecture modifiable et réitérable, qui est profondément marqué par le dispositif choisi —à la fois dans son agencement technique ou spatial, et en tant qu’il se déploie concomitamment à d’autres forces.                                                LIRE tout l’article

CELESTRAL SUBWAY LINES / SALVAGING NOISE  2004  Ken Jacobs & John Zorn

Pour ce film, Jacobs utilise des matériaux qui échappent dans une grande mesure à toute identification figurative. Les effets optiques de distanciation produisent un monde intermédiaire éphémère où se mêlent la reproduction et l’imagination (…). On voit apparaître à l’écran des formes fluides ou minérales qui rendent quasiment impossible toute orientation dans l’espace, et qu’on pourrait décrire comme de l’eau écumante, du celluloïd en décomposition, des substances organiques ou encore de la roche de lave. (…) Jacobs ne produit pas tant des formes géométriques et ornementales, que des constellations organiques amorphes, qui, par l’usage d’effets de rotations, de zones brouillées, de points lumineux et de volets mobiles, apparaissent sous une forme changeante et intermittente                                                  VOIR le film entier

KRYPTON IS DOOMED 2005 Ken Jacobs

Ce film est dérivé de ses performances de “Nervous Magic Lantern”, qui ont été créés avec un projecteur manipulé à la main (entrainement manuel), et n’utilisant ni film, ni vidéo. Utilisant l’effet stromboscopique, le film est assez “hallucinatoire”, et laisse apparaître des espaces non localisables et peu réalistes, des images presqu’abstraites, mais suggestives. La bande son est constituée d’un enregistrement d’une pièce radiophonique (la toute première) évoquant Superman et datant de 1940.
Le BLOG de Ken Jacobs avec des interviews
LIRE sur Ken Jacobs
Des DETAILS sur tous les films de Ken Jacobs (en anglais)

En ECHO a The doctor’s dream, une des premières interventions sur un film
ROSE HOBART 1936  Joseph CORNELL      VOIR 
Le film « Rose Hobart » (1936) de Joseph Cornell est un court métrage expérimental de 19 minutes, qui découpe et remonte le film Hollywoodien « A l’Est de Bornéo » (George Melford) ainsi que de brefs extraits de “The peril of Pauline”, un film Universal de 1933 (avec  Pearl White) pour en faire un des courts métrages surréalistes les plus célèbres d’Amérique. Cornell a été fasciné par la star de “à l’Est de Bornéo”, une actrice nommée Rose Hobart.
East of Borneo 1931  George Melford                                               VOIR
Il a d’ailleurs introduit son nom dans le titre de son propre film. Le film est constitué de petits fragments de “à l’Est de Bornéo” (et de “The peril of Pauline”) qui sont combinés avec des plans d’un documentaire sur une éclipse. Quand Cornell “refilmé” le film, il l’a projeté à travers un filtre bleu et en a ralenti la vitesse de projection à celle d’un film muet. La bande sonore originale est enlevée et le film est accompagné par « Forte Allegre » et « Belem Bayonne », deux chansons de l’album “Holiday in Brazil” de  Nestor Amaral, un enregistrement que Cornell avait trouvé dans une brocante.

Yervant Gianikian & Angela Ricci
Depuis près de quarante ans, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi réalisent leurs films à partir d’images d’archives, de photogrammes presque effacés d’archives oubliées  et interrogent dans le même temps la mémoire et le pouvoir : pouvoir d’un peuple sur un autre, d’une armée sur une autre, d’un homme sur un peuple.
ARIA 1994 Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi
A travers Aria, un de leurs courts-métrages, on peut constater que, si les Gianikian tentent une forme originale d’anthropologie cinématographique, qui dévoile les mécanismes de représentation les plus quotidiens d’une idéologie de masse, ils sont surtout des poètes qui opèrent par contacts et rapprochements, comparaisons savoureuses et compilations ordonnées, guidés en cela par la matière même de leur matériau filmique. Dans Aria, quel est le rapport entre cette expérience de laboratoire, ce petit garçon qui réclame un ballon à son père, la musique de Wagner et cette femme-papillon qui déploie ses ailes colorées ? Un même état d’enfance, de l’art et de la science, une rime de légèreté, un rêve de savoir et de distraction.

DU PÔLE À L’ÉQUATEUR 1986 Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi

Monté à partir des archives du pionnier du documentaire italien Luca Comerio (1874-1940), ce film est une déconstruction de l’imagerie coloniale. Tous les clichés sont présents dans ce véritable musée cinématographique : chasse à l’ours et au lion, défilés de troupes, missionnaires au travail, porteurs africains, danseuses…
LIRE un article sur leur travail
LIRE l’interview de Yervant Gianikian & Angela Ricci
Des DETAILS sur tous les films

Pour introduire le film et une vidéo d’un autre réalisateur ayant travaillé les rapports peinture/cinéma
LA RICCOTA 1962  Pier Paolo Pasolini
Pasolini avait un goût marqué pour le sous-prolétariat urbain vu dans une perspective ou se mêlaient christianisme, marxisme et sexualité. Véritablement  » enragé  » face aux conformismes ambiants dans cette pieuse Italie, l’auteur bousculait, dérangeait. A ce titre, son troisième film  » la Ricotta  » est un bon exemple.

En 1963 lorsque sort  » La Ricotta  » dans le cadre du film collectif  » Rogopag « , celui-ci fut mis sous séquestre pour offense à la religion corroborant ainsi la réputation de poète maudit de Pasolini.
Cependant, bien plus qu’un film scandaleux,  » La Ricotta  » est avant tout une réalisation d’une densité hors du commun ou se concentrent les thèmes et les ambiguïtés de Pasolini, au service d’une réflexion beaucoup plus vaste sur l’Art et la création du cinéma.
LIRE l’analyse du film.

ELIA SULEIMAN présente ses inédits / Bozar / 12.03.13 – 20H00

Invité au séminaire annuel de l’Erg, autour, cette année, de la narration spéculative, Elia Suleiman présentera à Bozar « Introduction to the end of an argument »
Ce film fait l’inventaire des stéréotypes du monde occidental vis-à-vis du monde arabe dans les médias. Homage by assassination: Segment d’un film collectif autour de la Guerre du Golfe. Cyber Palestine: Une parabole de notre temps, dans laquelle Marie et Joseph, devenus un couple de Palestiniens d’aujourd’hui, reviennent à Gaza où ils doivent vivre sous l’occupation israélienne.
La projection sera précédée par une introduction de Leila Shahid – Ambassadeur de Palestine auprès de l’Union Européenne, la Belgique et le Luxembourg – et d’un entretien entre le réalisateur et Christophe Wavelet, critique et curateur.
Tous les détails ICI (Cinematek) ou ICI (Bozar)