Atelier du 16.10.13

Suite et fin du cours sur Avi Mograbi
Interviews d’Avi Mograbi sur Z32                                            A VOIR  Partie 1 & Partie 2

Suite du visage / masque (témoignages liés à des situations de guerre)
Casque bleu 1995  Chris Marker

Chris Marker rencontre en 1995 François Crémieux, jeune médecin, qui s’est porté volontaire pour effectuer six mois de son service militaire en Bosnie.
A son retour en France, Chris Marker l’interroge ou du moins recueille ses propos sur la mission des Casques Bleus là-bas, sur l’impact de leur présence, sur les écarts entre les impératifs de la mission et les comptes rendus de la presse, les annonces des politiciens, mais surtout la réalité des faits.
Dix-neuf sections structurent cet entretien : Raisons, Images, Briefing, Histoire, Bousniouks, Agressions, Mission, Motivation, Engagés, Obéissance, Chiens, Guerre, Mort, Demi-tour, Politique, Mensonge, Positif, ONU, Bilan.
Chris Marker a appliqué un effet de type « solarisation » sur la moitié gauche du visage de François Crémieux.  Le visage, déjà divisé en 2 par l’éclairage (clair d’un côté, sombre de l’autre), est encore plus « dualisé » par cet effet de « masquage » partiel.

Suite du visage / masque (témoignages liés à des situations de guerre)
En echo à « Z32″ d’Avi Mograbi et à « Casque bleu » de Chris Marker, un autre « fait de guerre », mais raconté très différemment par son protagoniste. Ici, le masque (masquage) est total, car les visages sont totalement re-dessinés, comme l’ensemble des éléments de l’image.
Valse avec Bachir  2008  Ari Folman
En 1982, durant l’opération « paix en Galilée », le jeune Ari Folman, dix-neuf ans, fait son service militaire. Vingt-quatre ans plus tard, en 2006, il rencontre un ami de cette époque, Boaz, qui lui parle d’un rêve étrange qu’il fait toutes les nuits depuis plus de deux ans, mettant en scène des chiens qu’il a tués durant la guerre.
Ari tente alors de se rappeler cette période de sa vie, sans y parvenir. Il parvient cependant à se remémorer une scène qu’il ne peut interpréter : lui et deux jeunes soldats sortant nus de la mer sous la lumière de fusées éclairantes dans la baie de Beyrouth. Il pense alors qu’il s’agit des scènes du massacre de Sabra et Chatila, où l’armée israélienne a couvert les milices phalangistes chrétiennes, mais sans en être sûr, sans même savoir s’il était réellement présent près du camp cette nuit du 17 septembre 1982. Ari Folman décide de rencontrer des compagnons de cette période et de les questionner sur la guerre. Mais il doit se rendre à l’évidence : premièrement, ses amis n’arrivent pas à tout se rappeler, et deuxièmement, il est probable que les événements anciens que se racontent ces vétérans n’aient jamais eu lieu et soient des faux souvenirs créés par leur inconscient afin d’obscurcir les souvenirs des trop douloureuses scènes de guerre.
Petit à petit, Ari retrouve par flash des scènes de cette guerre et de sa participation : l’attaque d’une voiture civile ; la mort d’un enfant ayant tiré une roquette sur un char ; les tanks israéliens bombardés par l’aviation israélienne ; sa permission au bout de six semaines de guerre… Mais surtout, il redécouvre qu’il a indirectement participé au massacre, en tirant des fusées éclairantes depuis le toit d’un immeuble pour faciliter la tâche des miliciens.
LIRE une analyse du film et des détails sur les types d’animation utilisés.
LIRE l’analyse du film de Fanny Lautissier

La fin de « Valse avec Bachir » confronte directement l’animation (qui caractérise l’ensemble du film) avec des images réelles (3 dernières minutes). Les femmes palestiniennes en pleurs deviennent bien réelles, tirées d’images documentaires filmées à l’époque.
Dans « Black heart, white men », Samuel Tilman utilise également des images d’archives, et les personnages historiques sont, de la même manière que dans « Valse avec Bachir », représentés (ressuscités) en animation.
Black heart, white men   2011  Samuel Tilman
L’histoire violente de la colonisation de la RDC (ex-Congo belge, puis ex-Zaïre), depuis l’arrivée des Portugais, au XVe siècle, jusqu’au règne de Mobutu. Coeur noir, hommes blancs raconte la colonisation de la République démocratique du Congo, et la manière dont elle a façonné l’histoire sanglante de cette nation géante. En recourant à de saisissantes images d’archives, mais aussi aux scènes reconstituées et au dessin animé, cette saga couvre cinq siècles de violences et de cohabitation entre Noirs et Blancs. Après plusieurs siècles d’esclavage, un cruel système d’exploitation économique est mis en place en 1885 par Léopold II, le roi des Belges. Lorsque la Belgique hérite de la colonie trente ans plus tard, elle freine la formation des élites autochtones et muselle toute forme de contestation. Une formidable machine de guerre économique au service de la métropole voit ainsi le jour. Et lorsque Patrice Lumumba reprend brièvement la main au lendemain de l’indépendance en 1960, l’élite politique congolaise est incapable de se débarrasser de l’encombrant héritage du passé. La place est libre pour l’officier Joseph-Désiré Mobutu, qui instaure un régime autocratique sous le regard bienveillant des Occidentaux, soucieux de préserver leurs intérêts.

En echo à cette cohabitation images réelles / animation, le travail d’une étudiante:
Elen Dragoste  2013  Eve Decampo
En écho, d’une part à l’utilisation de sous-titre particulier (apparaissant par exemple à des endroits où il y n’y a pas de voix à « sous-titrer »), un autre film d’étudiant, utilisant des sous-titres pour évoquer une trajectoire. Cette histoire peu également être rapprochée d’un contexte de guerre (ou militaire) où le protagoniste raconte ses regrets (lié, semble-t-il à l’armée) et nous fait part des impressions (sans concession et très crues) qu’il a, observant des passants depuis une table de café.

Avant la parade   2013   Adrien Nihoul
Autre contexte lié à un combat (politique cette fois),se terminant également par un meurtre, celui de Demitrios Tsafendas, qui, en 1966, a assassiné Hendrick Verwoerd, alors Premier Ministre sud-africain.
Obscur White Messenger   2010   Sipopis Penny
Dans Obscure White Messenger, Penny Sipopis utilise diverses pellicules 8mm de home-movie. Des scènes domestiques, des rituels sociaux ou encore des images de voyages nous font revivre le récit tragique de Demitrios Tsafendas, l’homme qui poignarda et assassinat le Premier Ministre sud-africain Hendrick Verwoerd en 1966. Ce found footage anonyme est littéralement mis en musique alors qu’un récit halluciné défile en sous-titre. A partir de multiples sources historiques, tant légales que médiatiques, l’artiste recompose un témoignage sous forme de dialogue. Les origines métisses du criminel, son statut d’apatride et de refoulé, la ségrégation politique de l’apartheid, ses troubles de santé ; autant de lignes de fracture qui dessinent les racines politiques et culturelles d’un geste fatal.
Hendrik Verwoerd était le « grand architecte » de l’apartheid.
Le 6 septembre 1966, il est poignardé à mort en plein parlement par Demitrios Tsafendas. Demitrios Tsafendas, métis d’origine grecque et mozambicaine, échappa à la peine de mort à cause de son état mental. Il est condamné à perpétuité et mourra en hôpital psychiatrique en 1999. À cette occasion, la déclaration du premier ministre rhodésien, Ian Smith, démontrait la grande incompréhension des Blancs envers les Noirs dans cette partie du Monde: « A ceux qui l’ont connu personnellement, et je fais partie de ceux qui ont eu ce privilège, sa profonde sincérité dans tout ce qu’il entreprenait, son élégance et sa gentillesse envers tout le monde, sa défense des valeurs chrétiennes, et ses sages conseils en temps de paix et dans l’adversité seront grandement regrettés ».