Suspense

Précédent | 62/68 | Suivant

Tout le monde connaît la phrase du père Alfred : « I don’t believe in surprise, I believe in suspens. » Le suspense est l’emblême de l’ironie dramatique, donnant une longueur d’avance au spectateur sur le personnage pour le faire s’accrocher à son fauteuil. La figure tutélaire du suspense nous est donnée par Guignol, questionnant les enfants : « Mais où est donc le gendarme » ! Et tous les enfants de hurler, l’ayant vu se cacher derrière le rideau : il est là, il est là. L’ironie dramatique se manifeste ici dans toute sa puissance : les enfants savent le danger qui guette Guignol, tandis que celui-ci ne sait pas. Cette figure est bien le symétrique inverse de la surprise, car à ce moment-là, les enfants et guignols découvrent en même temps que le gendarme était derrière le rideau. Des cris sont aussi poussés, mais pas au même moment. Citons le légendaire exemple du père Alfred dans les conversations avec Truffaut : "La différence entre le suspense et la surprise est très simple. Nous sommes en train de parler, il y a peut-être une bombe sous cette table et notre conversation est très ordinaire, il ne se passe rien de spécial, et tout d’un coup, boum, explosion. Le public est surpris, mais avant qu’il ne l’ait été, on lui a montré une scène absolument ordinaire, dénuée d’intérêt. Maintenant, examinons le suspense. La bombe est sous la table et le public le sait, probablement parce qu’il a vu l’anarchiste la déposer. Le public sait que la bombe explosera à une heure et il sait qu’il est une heure moins le quart - il y a une horloge dans le décor ; la même conversation anodine devient tout à coup très intéressante parce que le public participe à la scène (...). Dans le premier cas, on a offert au public quinze secondes de surprise au moment de l’explosion. Dans le deuxième cas, nous lui offrons quinze minutes de suspense"