Le personnage simple - Application à la séquence narrative

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1° Le manque de constance

Le personnage apparaît franchement, carrément, pendant une partie de la séquence puis devient flou. C’est le défaut du manque d’endurance, défaut récurrent du narrateur débutant.

2° L’absence de situation

Les personnages devisent, et on a l’impression qu’ils attendent mollement la fin du récit. Les événements coulent sur eux sans produire de réplique saillante, ou au contraire dans une panoplie de comportement sans suite. Ceci est généralement dû à un remplissage case à case de l’exercice. Prenez le temps de regarder les personnage sur l’ensemble du récit, de dégager les moments importants qui vont vous permettre de structurer ce récit, aussi court soit-il, et de forcer celui-ci à produire des situations propices à la caractérisation.

3° La soumission à la situation

Le personnage salue le nouvel arrivant, il ou elle remercie pour le repas, elle lit le carton des fleurs. Rien de caractérisant là-dedans, car la situation guide entièrement les propos. Au lieu de cela, au nouvel arrivant, il sera plus efficace de dire : « Tu cherches la cogne ? » ou encore : « Nietzsche, c’est le meilleur ». Et à la fin du repas : « T’as pas 100 balles ? » ou encore : « Je vois la mort ». Et devant les fleurs, pareillement : « Quelle est la racine carrée de 39 ? » ou bien « J’ai la guitare qui me démange ». De ce fait, l’arbitraire relatif de l’expression et du comportement attireront l’attention sur le caractère, complémentairement à la situation.

4° La soumission à la fonction

Un docteur posant des questions sur la maladie de sa patiente, un vendeur de voiture faisant tout pour fourguer sa marchandise. Rien de caractérisant là-dedans non plus, puisque c’est la fonction qui guide les propos. Au contraire, si le vendeur de voiture dit : « Les gaz moutarde, c’était pas triste. » ou bien : « j’ai rien compris, je parle pas croate », on sera plus facilement amené à se déporter de la fonction vers le caractère.

5° L’effacement d’un personnage devant un autre

Un personnage est caractérisé. Puis, lorsqu’un second apparaît, il cesse de l’être, soumis à l’écrasante personnalité du nouvel arrivant. Très consistant, il devient le porte parole des réponses les plus plates : « comme c’est gentil » ; « Oui, d’accord » ; « Vous croyez ? ».

6° L’utilisation redondante des didascalies

« Au restaurant » en didascalie d’une scène de restaurant. « Il s’embrassèrent » au dessus d’une image d’un couple enlacé est d’une platitude terrible et d’une redondance stérile. Profitez des didascalies pour caractériser. Sur l’image du restaurant, il est donc plus efficace de noter : « sur le champ de bataille » ou « L’angoisse tenaille Jacqueline » tandis que les dialogues sont invariablement : « délicieuse cette soupe de courgettes »… De cette manière la didascalie servira l’entreprise de caractérisation.